L’impact de l’IA est une nouvelle fois loin d’être négligeable, puisque l’engouement pour cette technologie fait aussi grimper la demande de bandes magnétiques. Fujifilm prévoit un investissement de plusieurs milliards de yens pour répondre à la demande.
L’engouement pour l’IA et le déploiement de datacenters qui l’accompagne dans le monde entier gagnent peu à peu les recoins les plus reculés de l’écosystème technologique. La demande de stockage de données augmente partout dans le monde, et il ne s’agit pas seulement de mémoire flash rapide ni même de disques durs. La bande magnétique est elle aussi de plus en plus prisée. Fujifilm cite explicitement l’essor de l’IA générative pour justifier un investissement d’environ 10 milliards de yens, soit 56 millions d’euros, dans la production de bandes.
Pas un retour
La bande magnétique fait ainsi un retour qui n’en est pas vraiment un, car elle n’a jamais disparu. Dans les grandes entreprises et les datacenters, la technologie n’a jamais totalement disparu. La bande offre en effet un moyen économique de stocker de grandes quantités de données en toute sécurité. Il s’agit presque exclusivement de stockage pour l’archivage ou les sauvegardes : la technologie offre une densité élevée, mais pas de capacités de lecture ou d’écriture non séquentielles. En d’autres termes : il faut dérouler toute la bande pour lire l’ensemble des données.
La bande reste également pertinente en matière de sécurité. Les organisations peuvent en effet réaliser des sauvegardes et les conserver dans un tiroir (ou un coffre-fort), hors de portée des ransomwares.
Moins cher
Le prix est également un moteur important de cette popularité. Une seule bande Fuji LTO Ultrium 10 d’une capacité de 30 To coûte par exemple environ 260 euros hors TVA. Un disque dur Seagate Exos de 28 To coûte environ le double : 580 euros hors TVA. Les grandes entreprises et les datacenters ne négocient bien sûr pas leurs prix à l’unité, mais ces chiffres donnent une indication des économies que les organisations peuvent réaliser avec la bande pour la sauvegarde et le stockage d’archives.

Fujifilm constate que la bande magnétique est devenue plus pertinente ces dernières années, surtout chez les grands fournisseurs de cloud. OVHcloud propose par exemple son Cold Archive, basé sur la technologie de bande d’IBM. Meta avait déjà indiqué en 2022 utiliser la bande pour son stockage à froid. Fin 2025, le CERN avait généré plus d’un exaoctet de données de recherche, dont une grande partie est conservée sur quelque 60.000 bandes.
La technologie n’a donc pas cessé d’évoluer. Depuis 2025, Fujifilm utilise de la ferrite de baryum et de la ferrite de strontium comme particules magnétiques. Les innovations concernent la stabilité et la fiabilité de la bande en tant que support.
Un standard en croissance
Le Linear Tape-Open (LTO) existe pourtant depuis le début du millénaire actuel. La technologie repose sur un standard ouvert, développé par IBM, HP et Seagate. Aujourd’hui, Sony et Fujifilm sont les seuls fabricants restants de cartouches LTO. Comme pour la mémoire flash, les disques durs et la mémoire vive, le nombre de fabricants dans la chaîne d’approvisionnement mondiale est donc limité. Si la demande augmente, des pénuries menacent, sauf grands investissements comme ceux annoncés par Fujifilm.
Le standard actuel est le LTO-10. La technologie conserve la rétrocompatibilité depuis le début, avec des cartouches qui gardent le même format (10,2 x 10,54 x 2,15 cm). Le stockage par cartouche, lui, a augmenté. La génération actuelle de cartouches existe en une variante de 30 To et en une version plus grande pouvant stocker 40 To. Grâce aux techniques de compression, la capacité d’une seule cartouche peut atteindre 75 To, voire 100 To.
Une feuille de route jusqu’au LTO 14 évoque 365 To par cartouche (913 To avec compression).
Le consortium LTO continue entre-temps de développer la technologie. Alors que la génération 6 ne pouvait stocker que 2,5 To par cartouche, et la génération 10 donc jusqu’à 40 To, la génération 11 doit déjà grimper jusqu’à 70 To. Une feuille de route jusqu’au LTO 14 évoque 365 To par cartouche (913 To avec compression). Comme pour les disques durs, la quête d’une densité plus élevée dans un même format se poursuit ici sans relâche.
Une demande stable
Fujifilm s’attend à ce que l’importance croissante des données, sous l’impulsion de l’IA, entraîne une demande de bandes en hausse régulière. L’investissement de plusieurs millions dans de nouvelles usines de production de bandes doit assurer une chaîne d’approvisionnement qui croît proportionnellement. L’objectif est de produire surtout des bandes Ultrium 10 et de multiplier par cinq la capacité de production d’ici 2028.
Pour l’instant, il ne semble pas y avoir de grande pénurie de bandes. Cela contraste avec la situation de la mémoire RAM, du stockage flash et des disques durs. Leur disponibilité y est insuffisante, avec de lourdes conséquences sur le prix et la disponibilité. Les fabricants de ces composants s’enrichissent, tandis que ceux qui en dépendent paient le prix fort ou n’en trouvent pas.
Dans le même temps, la situation offre aussi des opportunités à des acteurs comme Fujifilm et Sony, dans un segment rarement mis en lumière du stockage IT. Reste à voir si l’offre et la demande resteront en équilibre. L’offre de lecteurs de bandes, utilisés pour écrire ou lire les cartouches, est en effet actuellement limitée. IBM en est le principal fournisseur.
