Itdaily - L’IA met sur la touche les jeunes talents IT, mais l’avalanche de projets arrive

L’IA met sur la touche les jeunes talents IT, mais l’avalanche de projets arrive

Junior IT

Quiconque obtient aujourd’hui son diplôme de développeur a plus de mal à trouver un premier emploi qu’il y a quelques années. L’IA reprend justement le travail de routine par lequel les juniors commençaient traditionnellement. Selon les experts, cette période de creux est temporaire, car une vague de nouveaux projets informatiques se prépare déjà.

Ces dernières années, le marché des profils débutants a basculé, remarque Bjorn Boisschot, Quality Engineering Manager chez Cegeka, lors d’une table ronde avec ITdaily. « Les profils juniors ayant zéro à deux ans d’expérience sont aujourd’hui très difficiles à placer chez les clients. Ceux-ci recherchent surtout des profils expérimentés capables de tout faire. » Il craint que l’IA ne renforce cet effet, même si les jeunes manipulent souvent ces outils avec plus d’aisance. « Un testeur expérimenté possède le bagage qu’un junior n’a pas. Il a déjà vu tous les problèmes. Un junior, en revanche, a un regard neuf sur les choses et est plus “AI-native”. »

Phase de transition

Stijn Lambrechts, Global Delivery Lead Applications chez Cegeka, voit ce recul comme une phase de transition. « Il s’agit d’un ralentissement temporaire de nature passagère. Dans les années à venir, nous allons justement être confrontés à une grande pénurie, mais plus pour les anciens profils. » Selon lui, le pire message à envoyer aux jeunes serait que l’informatique n’offre pas d’avenir : « Non, vous devez absolument vous occuper d’IA, dès maintenant. »

Cette pénurie a une cause claire. Grâce à l’IA, des projets qui étaient auparavant trop coûteux ou trop complexes à moderniser deviennent réalisables, comme par exemple l’héritage (legacy) accumulé depuis des années chez les assureurs et les banques. « Ceux-ci commencent maintenant à s’éveiller », déclare M. Lambrechts.

Dirk Deridder, CTO chez Smals, va encore plus loin : « Cela va devenir un accélérateur pour des industries qui n’existent pas encore aujourd’hui. »

Des équipes plus petites et assistées par l’IA ne signifient pas pour autant moins de personnel, nuance Ron Pooters, directeur du Microsoft Innovation Hub à Bruxelles. « Ces équipes développent plus vite, le délai d’exécution est plus court, vous pouvez donc réaliser plus de projets. Et il y aura aussi plus de demande pour des projets. » Pour M. Pooters, les profils juniors restent cruciaux, à condition qu’ils soient formés différemment : « Ils ne doivent pas arriver avec des compétences à l’ancienne, mais avec un AI-first mindset. »

Applications issues du métier

L’afflux de logiciels auto-construits alimente cette demande. Pieter Vercammen, architecte de solutions chez Mendix, constate que les entreprises arrivent désormais elles-mêmes avec des applications au lieu d’une simple idée sur papier. Ces applications doivent ensuite être ancrées de manière professionnelle. Pourtant, l’adoption est inégale : lors d’un récent événement pour développeurs, à peine vingt pour cent ont levé la main à la question de savoir qui utilise l’IA quotidiennement, tandis que quatre-vingts pour cent restaient dans l’attente.

Le signal envoyé à ceux qui obtiennent leur diplôme aujourd’hui est donc double. Le job d’entrée classique est sous pression, mais ceux qui développent dès maintenant les bonnes compétences axées sur l’IA seront bientôt au bon endroit.

Il y a actuellement une belle fenêtre d’opportunité. Dans trois ans, vous ne pourrez plus mettre la main sur ces jeunes talents.

Stijn Lambrechts, Global Delivery Lead Applications chez Cegeka

Ou comme le résume M. Lambrechts : le marché repousse aujourd’hui les jeunes sur le marché du travail, et quiconque a mis au point ses programmes de formation ferait bien d’attirer cette élite dès maintenant.