Itdaily - Pourquoi les entreprises doivent-elles déjà s’intéresser au quantique aujourd’hui, même si la technologie n’est pas encore finalisée ?

Pourquoi les entreprises doivent-elles déjà s’intéresser au quantique aujourd’hui, même si la technologie n’est pas encore finalisée ?

IBM quantique

IBM vise un ordinateur quantique tolérant aux pannes d’ici 2029, mais quiconque attend cette étape franchie risque de rater le coche. Pourquoi les entreprises doivent-elles déjà commencer avec l’informatique quantique ?

Les ordinateurs quantiques ont été tour à tour à la mode, puis délaissés, et se situent aujourd’hui entre les deux. Il ne fait aucun doute qu’un ordinateur quantique puissant et tolérant aux pannes verra bientôt le jour et bouleversera le monde. Petra Florizoone, Director Global Partnerships & Business Development chez IBM Quantum, nous guide à travers les opportunités et les risques des ordinateurs quantiques.

Trois défis majeurs

Selon Mme Florizoone, les défis de l’informatique quantique sont triples :

  • Qualité des puces : les processeurs quantiques sont intrinsèquement sensibles au bruit, ce qui rend l’error correction et l’error mitigation cruciales.
  • Vitesse : un ordinateur quantique doit être assez rapide pour exécuter suffisamment de simulations.
  • Scalabilité : un ordinateur quantique n’est pas comparable à un serveur traditionnel et présente encore des défis en matière d’extensibilité.

« Ces trois éléments, la qualité, le scaling et la vitesse, sont ceux pour lesquels nous cherchons constamment le bon équilibre. »

Un autre défi, l’error correction, est sur le point de connaître une percée selon Mme Florizoone. « Nous avons dépassé la phase de recherche pure et nous sommes désormais bien plus dans la phase d’ingénierie. IBM a d’ailleurs prouvé fin 2025 qu’il est possible de décoder des erreurs en temps réel en moins de 480 nanosecondes — une étape franchie avec une année entière d’avance sur le calendrier prévu. »

Lancez-vous, tout simplement

« Quiconque pense que l’informatique quantique est réservée aux physiciens titulaires d’un doctorat se trompe », souligne Mme Florizoone. « Une formation en mathématiques ou en science des données suffit. » Avec Qiskit, IBM propose un kit de développement open source permettant de construire et d’exécuter des circuits quantiques. Le SDK n’est pas limité au matériel IBM : les ordinateurs quantiques des concurrents sont également pris en charge. C’est un choix délibéré. « Nous considérons qu’il est primordial de maintenir cette ouverture. »

Les développeurs individuels peuvent accéder à un ordinateur quantique IBM pendant dix minutes par mois via un plan gratuit. Combiné aux supports d’apprentissage en ligne, cela suffit pour se faire une première idée de la technologie. Mme Florizoone avertit toutefois : « Comptez environ deux ans pour acquérir de réelles connaissances algorithmiques. »

Comptez environ deux ans pour acquérir de réelles connaissances algorithmiques.

Petra Florizoone, Director Global Partnerships & Business Development bij IBM Quantum

Cela ressemble à un investissement conséquent. Mais l’alternative est pire. Elle cite une étude du BCG affirmant que les adopteurs précoces capteront 90 % de la valeur du marché. « C’est énorme. Et c’est précisément pour cela qu’il ne faut pas attendre. »

Pourtant, en tant qu’entreprise, il faut rester lucide. Tous les cas d’utilisation existants sont encore en phase de prototype — aucun n’est en production. Des institutions financières comme HSBC affichent des résultats prometteurs basés sur des données historiques, mais le passage à la production n’est pas encore là. Mme Florizoone s’attend à ce que le secteur de la chimie soit le premier à démontrer un quantum advantage, notamment grâce à la collaboration avec le centre de recherche japonais RIKEN.

L’Europe commence à bouger

À l’échelle internationale, Mme Florizoone observe des différences marquées dans le rythme d’adoption. Le Japon est le leader incontesté, en partie grâce à l’écosystème RIKEN. En Europe, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni se distinguent. L’Espagne a ouvert un Quantum Innovation Center qui collabore désormais avec des entreprises comme BBVA et Repsol. Mais les pays nordiques et d’Europe de l’Est, comme la République tchèque et la Roumanie, se mettent également en mouvement.

La dynamique est reconnaissable : dès qu’un acteur majeur commence dans une région, d’autres suivent rapidement. « La peur de rater le coche est aussi un moteur important », admet Mme Florizoone. « C’est un processus de croissance organique, mais il s’accélère désormais de manière sensible. »

Termes importants

Un piège potentiel est la confusion entre quantum safe et quantum computing. Les entreprises qui affirment « s’occuper de quantique » s’occupent souvent, en pratique, de rendre leur sécurité résistante au quantique. C’est évidemment important, mais ce n’est pas de l’informatique quantique — c’en est une conséquence.

Mme Florizoone voit ces deux voies comme complémentaires plutôt que concurrentes. Le quantum computing s’adresse aux leaders de l’innovation et aux chercheurs ; le quantum safe au CISO et au département de la sécurité. L’un renforce l’autre : quiconque approfondit le quantum safe devient naturellement curieux des possibilités du quantum computing. Et inversement.

Est-ce pour demain ?

Le message de Mme Florizoone est clair : l’informatique quantique n’est plus de la science-fiction, mais le pas vers une valeur commerciale concrète reste à franchir. Avec le quantum advantage attendu fin 2026 et un ordinateur quantique tolérant aux pannes d’ici 2029, les grandes percées sont en vue.

Dans le même temps, la courbe d’apprentissage est raide et le temps d’intégration est réel. « Celui qui commence maintenant sera prêt en 2029 pour être le premier à en récolter les fruits. Celui qui attend risque un retard difficile à rattraper. »

En ce qui nous concerne, le quantique reste une affaire complexe. Mme Florizoone mentionne 2029, mais cela pourrait tout aussi bien être 2031, 2035, ou même 2027. Le quantum safe est une priorité aujourd’hui, mais ne reléguez pas les ordinateurs quantiques au second plan d’un point de vue commercial. Apprendre la technologie aujourd’hui signifie pouvoir accélérer lorsqu’elle sera là. Si vous devez commencer quand elle sera là, vous aurez du retard.