Itdaily - Quelles sont les alternatives européennes à Microsoft 365 ?

Quelles sont les alternatives européennes à Microsoft 365 ?

microsoft 365

Aujourd’hui, de nombreuses organisations s’appuient sur Microsoft 365 ou Google Workspace comme logiciels de bureau standards. N’existe-t-il donc aucune alternative européenne ? Si, pour ceux qui cherchent et qui osent.

Microsoft Office, ou Microsoft 365 Copilot comme on l’appelle aujourd’hui, est la norme en matière de logiciels de bureau depuis trente ans. À l’échelle mondiale, la suite d’applications compte plus de 400 millions d’utilisateurs payants. Microsoft possède également une forte empreinte sur le marché professionnel européen.

Nous vivons aujourd’hui une période de turbulences géopolitiques, ce qui amène les professionnels de l’informatique européens à réfléchir à leur utilisation des technologies américaines. Microsoft 365 ou l’alternative la plus connue, Google Workspace, ne semblent soudainement plus être le meilleur choix. Les fournisseurs de cloud américains proposent des services de cloud souverains, mais admettent eux-mêmes que, le moment venu, ils ne peuvent pas promettre la souveraineté.

Un Microsoft ou un Google européen n’a pas encore vu le jour, mais cela ne signifie pas qu’il n’existe pas d’alternatives. Le besoin de souveraineté offre aux entreprises de logiciels européennes l’opportunité de passer au premier plan. Quiconque est prêt à choisir la voie la moins facile peut se passer de Microsoft et de Google sans sacrifier la productivité.

Législations conflictuelles

Quel est exactement le problème avec les solutions cloud de Microsoft, Google et d’autres fournisseurs américains ? Les entreprises européennes les utilisent depuis des années sans inquiétude. Les entreprises américaines qui souhaitent proposer leurs services en Europe sont tout autant liées par la législation RGPD. Celle-ci stipule que les données des clients européens doivent rester dans des centres de données européens et ne pas être transférées aux États-Unis à des fins commerciales.

Washington suit toutefois son propre agenda juridique. Dans les discussions sur la souveraineté, on fait aujourd’hui souvent référence au Cloud Act, une loi américaine qui existe depuis 2018. La législation stipule que, dans le cadre d’une enquête pénale, les services de police américains peuvent exiger un accès unilatéral aux données stockées dans les centres de données, quel que soit leur emplacement et la législation locale en vigueur.

Selon la lettre de la loi, le RGPD et le Cloud Act sont diamétralement opposés. Bien que les entreprises américaines affirment disposer des moyens nécessaires pour défendre leurs clients, elles ne peuvent offrir la souveraineté au sens le plus strict du terme. Dans le contexte géopolitique actuel, cela crée une incertitude pour les entreprises européennes. Dans une étude fin 2025, le Parlement européen a encore souligné l’empreinte (trop) importante des acteurs étrangers dans le paysage numérique européen comme un risque politique et économique.

De plus, les États-Unis se révèlent être un partenaire imprévisible. La législation en vigueur aujourd’hui est claire, mais on ignore quelles règles s’appliqueront demain. Des restrictions commerciales inattendues ou des taxes sur l’exportation de services ne sont plus tout à fait inconcevables.

Alternatives européennes à Office : un imbroglio complexe de l’open source

Il existe des choix pour ceux qui souhaitent une alternative non américaine. Ces alternatives sont moins connues, mais ne sont pas boudées par les professionnels de l’informatique. Les challengers européens de Microsoft sont principalement issus du monde de l’open source et sont étroitement liés, ce qui ne facilite pas leur distinction.

LibreOffice et Collabora : des pionniers en conflit

Deux suites logicielles open source constituent aujourd’hui la pierre angulaire du paysage européen des logiciels de bureau. LibreOffice a vu le jour en 2011 en tant qu’alternative gratuite et open source à Microsoft Office et est développé par The Document Foundation, basée à Berlin. LibreOffice est pour l’instant exclusivement utilisable comme application de bureau sur Windows, Mac et Linux, bien qu’une version web serait enfin en préparation.

Avec Writer, Calc et Impress, il dispose de ses propres versions de Word, Excel et PowerPoint et prend également en charge les mêmes formats de documents, bien qu’avec des fonctionnalités légèrement plus limitées et une interface plus sobre. La suite contient également un illustrateur 3D (Draw), une application de base de données (Base) et une application pour résoudre des équations mathématiques (Math). LibreOffice vise un cycle de publication bisannuel.

Le code de LibreOffice est open source, ce qui signifie que des développeurs externes participent à la construction du logiciel. L’un des contributeurs les plus importants de LibreOffice est la société britannique Collabora, qui propose sa propre suite basée sur LibreOffice, Collabora Office. Contrairement à LibreOffice, la suite de Collabora est disponible en tant qu’application web.

Malgré des liens étroits, la relation entre LibreOffice et Collabora s’est complètement détériorée. The Document Foundation a même révoqué l’adhésion de Collabora pour contribuer à LibreOffice. Les deux plateformes pourraient donc se développer davantage de manière indépendante.

Nextcloud : le logiciel de bureau pour les bricoleurs

Avec Collabora, une troisième partie entre dans le triangle de l’open source : Nextcloud. Cette plateforme d’origine allemande propose une version auto-hébergée de Collabora. Cela peut se faire sur votre propre serveur ou sur un serveur géré par un fournisseur.

Nextcloud propose un pack complet qui, outre les applications de bureau, comprend également des outils de communication et de collaboration ainsi qu’un stockage local. Avec Nextcloud, vous construisez votre propre environnement Office fonctionnant localement. Le logiciel lui-même est gratuit, mais l’hébergement nécessite un investissement dans des serveurs et de la maintenance si vous choisissez de tout faire vous-même.

L’aspect auto-hébergé semble intéressant dans le contexte de la souveraineté. En effet, vous avez le contrôle total de vos données, sans avoir à dépendre d’un fournisseur externe. Le gouvernement allemand a donc choisi le tandem Nextcloud-Collabora comme base pour sa propre suite logicielle OpenDesk. Ce logiciel regroupe des composants open source, notamment de Nextcloud, dans un pack modulaire que les utilisateurs peuvent assembler et héberger eux-mêmes.

OpenDesk a été spécifiquement développé pour le secteur public. La Cour pénale internationale de La Haye compte notamment parmi ses utilisateurs. Le tribunal a ses propres raisons de choisir une solution européenne. L’année dernière, le compte Microsoft d’un procureur a été temporairement suspendu après des déclarations critiques sur Israël. Cela a été démenti plus tard par Microsoft, mais l’incident a ravivé le débat sur la souveraineté en Europe.

Nouveaux acteurs

Le fait que la souveraineté soit à la mode en Europe est illustré par la naissance récente de non pas une, mais deux nouvelles suites Office européennes. Les valeurs établies LibreOffice, Collabora et Nextcloud ne sont jamais loin. Office EU est de fabrication néerlandaise et souhaite proposer une suite logicielle entièrement basée sur le web, construite sur Nextcloud et hébergée depuis les centres de données de Hetzner à Helsinki.

L’aspect européen est volontiers mis en avant : chaque application porte l’abréviation EU dans son nom. L’interface est presque identique à celle de ses homologues de Microsoft. Office EU fonctionne pour l’instant avec une liste d’attente. La suite se compose des applications suivantes :

  • EU Drive
  • EU Docs
  • EU Spreadsheet
  • EU Presentation
  • EU Talk
  • EU Calendar
  • EU Email

Office EU ne doit pas être confondu avec Euro-Office, une autre initiative open source dont la date de naissance officielle est le 27 mars. Euro-Office est le produit d’une collaboration entre Ionos, OpenProject, XWiki SAS, Abilian, Btactic, Soverin, Proton et – vous ne le devinerez jamais – Nextcloud. Pourtant, malgré leurs noms déroutants et Nextcloud comme dénominateur commun, Office EU et Euro-Office sont totalement différents.

Euro-Office est destiné à être un logiciel auto-hébergé et utilise comme base OnlyOffice, un logiciel open source qui, pour une fois, n’est pas lié à LibreOffice ou Collabora. Cependant, OnlyOffice n’apprécie pas qu’Euro-Office ait construit un fork de son code logiciel, et un litige juridique menace de compromettre le lancement d’Euro-Office.

OnlyOffice : l’open source avec un côté controversé

Puisque nous parlons d’OnlyOffice : c’est une histoire à part. Le logiciel a été lancé en 2009 et peut être considéré comme le principal concurrent de LibreOffice dans le monde de la bureautique open source. OnlyOffice offre un meilleur support des navigateurs que LibreOffice et ses dérivés. La plateforme a longtemps été soutenue par des acteurs européens tels que Nextcloud. Cette collaboration a pris fin récemment, ce qui a pu influencer le développement d’Euro-Office.

Un parfum de controverse entoure OnlyOffice. La société qui supervise le développement, Ascensio Systems SIA, est officiellement enregistrée en Lettonie, mais le développement se ferait en grande partie depuis la Russie. C’est du moins ce qu’affirme Euro-Office dans son annonce. Euro-Office accuse également OnlyOffice de limiter les contributions au code. Le dernier mot dans ce litige n’a pas encore été dit.

Proton : le secret bancaire suisse

Un dernier acteur qui s’impose de plus en plus comme une alternative à Microsoft et Google est la société suisse Proton. Proton veut traduire la neutralité et le secret bancaire suisses en logiciels. La suite Proton Workspace est utilisable en tant qu’application de bureau et web, et de nombreuses fonctions s’intègrent facilement aux logiciels de Microsoft et Google.

Proton a débuté en 2014 en tant que service de messagerie crypté et anonymisé. Depuis lors, l’application s’est étendue pour devenir une suite bureautique complète, avec le lancement de Proton Workspace cette année comme point d’orgue. La suite comprend notamment du stockage, Proton Sheets et Docs, une application de calendrier et, depuis peu, Proton Meet (utilisable également sans compte). Proton a même son propre Copilot avec Lumo AI.

L’accent originel mis sur la sécurité est intégré dans toute l’offre de Proton. Les appels et chats Meet sont cryptés par défaut, tout comme les conversations avec Lumo. La suite Proton comprend également un service VPN, un gestionnaire de mots de passe et même un portefeuille crypto. La combinaison d’une suite bureautique complète (la seule chose qui manque est une application pour créer des présentations) avec un haut degré de sécurité fait de Proton la suite européenne peut-être la plus complète pour les utilisateurs professionnels.

Qui cherche, trouve

L’aperçu ci-dessus vous montre que logiciel de bureau ne doit pas nécessairement être synonyme de Microsoft 365 ou Google Workspace. Dans l’ombre des géants technologiques américains, il existe une large offre d’alternatives open source de fabrication européenne. Ces solutions demandent un peu plus de réflexion et d’assemblage pour atteindre la même facilité d’utilisation et la même échelle, mais vous obtenez en échange le contrôle de vos données. Quiconque cherche et est prêt à emprunter la voie la moins facile trouvera la souveraineté.

Le chemin vers la souveraineté est rarement le plus simple.