Microsoft Word, Excel et PowerPoint sont solidement ancrés dans le monde du travail, mais existe-t-il des alternatives européennes ? ITdaily teste quatre suites bureautiques européennes.
Vous rédigez probablement vos textes dans Word, vos tableaux dans Excel et vos présentations dans PowerPoint. Microsoft Office fait partie intégrante de Windows depuis 1990, et Word existe même depuis 1983. Office est si ancien qu’il a traversé toutes les grandes évolutions technologiques : il a fait le saut vers le cloud et s’est vu truffer de fonctions Copilot. Malgré toutes ces nouveautés, de nombreux utilisateurs continuent de préférer la version de bureau classique.
Comment remplacer un logiciel qui tourne depuis 35 ans sur presque tous les ordinateurs ? Google s’y essaie avec sa suite Workspace (100 % cloud) et Apple dispose de sa propre version d’Office (iWork). Dans notre quête d’alternatives européennes aux logiciels populaires, nous passons quatre challengers au crible.
LibreOffice : le pionnier à l’ancienne
LibreOffice est sans doute le concurrent le plus connu de Microsoft Office. Cette suite logicielle open source a vu le jour dès 2011. LibreOffice incarne toujours la philosophie open source : le logiciel se télécharge gratuitement et, en tant qu’utilisateur, vous pouvez contribuer au code. C’est d’emblée un grand avantage de LibreOffice : vous pouvez l’utiliser gratuitement.
La suite compte au total six applications : Writer est une copie de Word, Calc d’Excel et Impress de PowerPoint. L’outil de dessin Draw, Math pour les formules mathématiques et Base pour le traitement simple de données sont des ajouts uniques. Par leur apparence et leurs fonctionnalités, ces équivalents d’Office s’inspirent fortement des applications de Microsoft, ce qui facilite la transition.

L’inconvénient de LibreOffice, c’est qu’il est resté un peu figé dans le temps. L’interface donne l’impression de n’avoir jamais été rafraîchie depuis 2011. LibreOffice ne fonctionne en outre qu’en local. C’est peut-être un atout pour ceux qui veulent garder leurs fichiers sur l’appareil, mais cela complique la collaboration sur des documents. LibreOffice a mérité sa place au panthéon de l’open source, mais il a aussi l’allure et la sensation d’une pièce de musée.
Collabora : LibreOffice dans un habit plus moderne
Collabora a, lui, mieux négocié le virage vers 2026. Collabora est un logiciel d’origine britannique basé sur LibreOffice. Il a longtemps été l’un des principaux contributeurs au code de LibreOffice, mais la relation s’est détériorée. Collabora a ainsi pu davantage tracer sa propre voie.
Collabora opte lui aussi pour une interface familière à ceux qui viennent de Microsoft Office. Le pack de base contient les applications LibreOffice, sans Base ni Math. Pas de regret : la valeur ajoutée de ces applications était plutôt limitée. Vous les retrouvez malgré tout dans la version « classique » de Collabora. L’interface de Collabora est plus épurée et plus récente que celle de LibreOffice.

La principale différence, c’est que Collabora est disponible en ligne comme hors ligne. La version payante n’est pas gratuite : pour les petites organisations jusqu’à cent utilisateurs, elle coûte trois euros par mois. L’« Development Edition » en ligne est en revanche gratuite. La combinaison de la disponibilité en ligne et hors ligne et de fonctionnalités dans un habillage plus soigné fait de Collabora une alternative à considérer.
Nextcloud : Office pour les adeptes du « fait maison »
Vous préférez tout faire vous-même ? Nextcloud est peut-être fait pour vous. Nextcloud peut se voir comme Microsoft 365 hébergé sur votre propre serveur. Les applications bureautiques (Files) sont fortement basées sur LibreOffice et Collabora et sont elles aussi open source. Nextcloud y ajoute notamment une application photo, un calendrier et des outils de communication : une suite modulable à composer soi-même.
Nextcloud est en principe gratuit, mais les coûts de matériel et de maintenance restent à votre charge. Le logiciel fonctionne hors ligne comme en ligne sur votre propre serveur. Les performances et la disponibilité dépendent donc fortement du type de matériel dont vous disposez. L’expérience utilisateur est donc très différente de celle de Microsoft 365, de Google Workspace ou de Collabora, qui ne requièrent qu’un PC avec une connexion internet facultative.

Cette liberté et cette indépendance peuvent être à la fois un atout et une faiblesse de Nextcloud. Celui qui dispose du matériel et des connaissances en maintenance construit avec Nextcloud sa propre bulle bureautique, totalement libre de Microsoft. Pour les utilisateurs lambda, cette liberté placera la barre un peu trop haut.
Proton : le couteau suisse
Vous voulez la suite complète sans devoir tout faire vous-même ? Alors le Suisse Proton s’impose. Proton a débuté comme application de messagerie sécurisée, mais évolue pas à pas vers une suite bureautique complète, à la mesure de Microsoft 365 et de Google Workspace. Avec Docs et Sheets, il propose une alternative à Word et Excel.
Pour utiliser ces applications, il vous faut toutefois un abonnement Proton Workspace. Le pack de base coûte 12,99 euros par mois. Il vous donne accès à Proton Mail, Drive, VPN et à tout ce que contient la suite. Le dernier venu, Proton Meet, s’utilise sans la suite et a été élu par notre rédaction meilleure alternative européenne à Microsoft Teams.

La grande force de Proton, c’est la sécurité, philosophie de l’entreprise depuis le premier jour. Le chiffrement n’est pas une fonction à activer et la confidentialité est elle aussi intégrée par défaut à tous les produits Proton. Proton vit avec son temps : l’entreprise a développé Lumo AI, son propre assistant de chat IA qui, lui, sait garder vos secrets.
Dans cet article, nous parlons toutefois d’alternatives à Office, et sur ce terrain, Proton a encore des progrès à faire. Docs et Sheets ne sont certainement pas de mauvaises applications, mais elles offrent moins de fonctions que Word et Excel. Elles ressemblent plutôt à Google Docs et Sheets et ne fonctionnent par conséquent qu’en ligne. La force de Proton réside dans la suite, mais on n’achète pas un couteau suisse pour ne s’en servir que comme décapsuleur.
Conclusion : des adversaires redoutables pour Office
Ce tour d’horizon montre que de sérieux challengers de Microsoft Office sont apparus ces dernières années. LibreOffice a ouvert la voie, sur laquelle des acteurs comme Collabora et Nextcloud ont construit. Avec Workspace, Proton n’attaque pas Office, mais tout l’écosystème 365.
Nextcloud s’adresse à ceux qui veulent un contrôle total, mais Collabora fait un pas de plus comme suite bureautique accessible. Vous y trouvez tout ce que propose Microsoft Office et elle s’adapte à l’endroit et à la manière dont vous travaillez. Pour les utilisateurs lambda, Collabora est donc probablement l’option la plus évidente, hors ligne comme en ligne.
ITdaily teste des alternatives européennes et open source aux outils logiciels américains populaires que nous utilisons au quotidien. Envie de découvrir d’autres logiciels européens ? Retrouvez toutes les reviews dans cet aperçu.
